Pour une définition de la créativité

De TEXTEMachine
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Par Ginette Racine

                                                                           POUR UNE DÉFINITION DE LA CRÉATIVITÉ
                                                                  Le prurit littéraire est incurable (Anton Tchekhov)

Il y a longtemps que je me gratte. J'ai passé par toutes les phases: de la négation aveugle qui m'a fait me vautrer dans des baumes illusoires (lire mille métiers, mille...), de la révolte obsessive dont j'ai collectionné les cicatrices dans des cahiers noirs, très très noirs (suis-je suicidée, bouhou?). Puis, depuis quelques années, à un délire soporifique, plus courageux qu'efficace.

OK, j'écris. Avec du recul, de la perspective, je peux même dire, je crée. J'en ai fait mon gagne-rien et, à tous les jours, je rends grâce au divin B.S. en lequel l'art trouve ici bas un terreau fertile. Je crée donc je me gratte! Et il y a de ces parasites.

La théorie, entre autres, rebutante théorie qui normalise mls élans et condamne le talent à la règle. Saisir la théorie, c'est faire preuve d'humilité. À d'autres le bonheur de méditer là-dessus. En voici une à laquelle j'adhère profondément.

Une définition

Pierre Debray-Ritzem définit latransmutation littéraire : En fait, ce qui est sans doute primordial c'est l'envolée à partir des profondeurs (c'est le jeu thymique à la base du cerveau, c'est l'ébranlement
instinctivo-affectif du cerveau viscéral). C'est cette fièvre, cette libido qui infiltre et embayume, faisant bourgeonner l'esprit dans le plaisir comme dans la douleur, et conférant aux mots, qu'il arrache alors
au langage, l'élan et l'éclat qu'ils ont - sans grande raison et dans un châtoiement éphémère - lorsqu'il traverse la conscience pendant l'acte d'amour. 
Et c'est alors que se produisent le miracle et le paradoxe de la transmutation littéraire.(Source: à vérifier) 

Pour moi - C'est une camisole de forces, paralysante pour qui s'obstine à vouloir s'en défaire mais au pouvoir infini de métamorphose, d'évasion pour qui veut faire avec.

Faire avec... en 1988, avec le sentiment de répondre à l'appel de la création, j'ai posé mes premiers actes de créativité véritable : crissé ma job-là et fabriqué un beau bébé. Paerallèlement, j'ai fermé mes cahiers noirs et acheté un ordinateur. Puis, j'ai cherché dans le quotidien la pésie de mes jours. J'ai trouvé! Il reposait platement sur le comptoir de la cuisine: le journal du quartier.

Cette première expérience littéraire m'a menée, en 4 ans, sur les voies prurigineuses de mon existence. C'est de cette expérience dont il sera question plus avant.

CHRONIQUES PASSAGÈRES

La gloire, le succès sont relatifs. Ce qui s'est avéré une victoire concluante aux yeux du rédacteur de ce petit journal, a été pour moi une expérience ô combien douloureuse mais évidemment formatrice. Parler de rien à toutes les semaines a été le défi véritable, celui qui m'a forcé à puiser dans mon potentiel de création et à développer en lui ma confiance. AU départ, c'était loin d'être évident.

1ère année : de parasites et d'entraves

Avec pour seuls bagages l'enthousiasme de l'appe, perceptions et ,es connaissances, j'ai entrepris la mission d'exprimer des idées sur ce que la société m'envoyait comme messages à partir des moyens mis à ma disposition dans le quotidien (journaux, radio, télé) sans compléter par tout autre forme de recherche. Je ne prétendais pas être journaliste.

Une mission, ouais! J'avais la prétention d'écrire pour les autres, en leur nom, afin de me justifier rpobablement d'entreprendre une activité dérisoir qui, pour la société, n'a pas sa raison d'être. Préjugé, contrat social,moi la première, je ne m'accordais pas le droit d'écrire juste pour la beauté de l'affaire.

Pour camoufler mon premier objectif de jouer avec les mots, j'ai crû nécessaire de parler de problèmes sociaux et j'ai fessé sur tout ce qui bougeait!!! Avoretement, violence, religion, euthanasie, éducation, la bêtise, les modes, l'homogénéité, etc... tout y a passé non sans soulever des réactions des lecteurs (c'est relatif, rappelez-vous que j'écrivais dans un journal de quartier - 3 lettres, 1 téléphone par semaine faisaient figure de consécration pour mon rédacteur) Après quelques mois de torture mentale afin de dénicher le sujet brûlant et contenter le rédacteur, je me demandais à nouveau ce que je venais faire dans cette galère. Semaine après semaine, malgré les sueurs froides et des angoisses cruelles, j'arrivais à livrer mon papier.

De temps à sutres, pour me tirer d'affaires, je puisais dans mes souvenris d'enfance et délirais un brin, non sans m'excuser auprès des lecteurs. Étrangement ces textes, qui me procuraient des plaisirs plus élevés que ceux voués à l'actualité, récoltaient tout autant de réactions en plus positives. Je me suis accordée un été de réflexions. Il m'apparaissait clair que, coincée par toutes sortes de conditionnemenrs, depréjugés, je posais des entraves lourdes sur ma conscience, des barrages résistants, à ce que je commençais deviner provenir de l'inconscient, mon potentiel de création.

2e année: À brides abattues

Laisse-toi guider par ton plaisir. Il me fallait creuser encore plus en moi, donc. Me tourner vers mes souvenirs, ma mémoire et utiliser l'extrême affectivité, voire l'angoisse, moteur (genre 351 cleveland) Au diable l'actualité, j'ai posé à nouveau le regard sur mon entourage: j'étais femme, mère, conjointe de fait à la maison. Au nom d'un féminisme hyperactif, j'ai cassé beaucoup, beaucoup de sucre sur le dos des hommes, j'ai créé la Douche masquée, un double de moi-même, larmoyant sur tous les modes, une tendre idécrottable. J'ai ironisé sur le bonheur de la maternité et de son alter ego, la culpabilité.

Après des réactions aussi excessives que controversées qui me donnaient du fil à retordre, j'ai passé un autre été à me contorsionner l'esprit: que veux-je? que peux-je? cours-je? qu'avais-je tant à dire? Où est- ce que je trouvais vraiment du plaisir?

3e année: de souffle et d'exaltation

À quelques reprises, au cours de la précédente année, à travers des textes où timidement je dbridais mon imaginaire, j'ai senti ma tête décoller et de frotter à un autre moi-même, plus exalté encore. J'ai tâté un peu de cette trabsmutation littéraire, comme la nomme Debray-Ritzen. Ignorant que cela puvvait seulement se nommer, je n'ai fait que la ressentir en en éprouver toute la charge euphorique. J'en redemendais. Il me fallait encore creuser en moi, donc. Oublier la mère et l'individu, pour chercher à toucher cet autre moi, l'enfouie, la cachée. Je sentais que je devais abandonner cetteidentité qui me collait depuis ma naissance en profit d'une autre, tout aussi relle, mais plus profonde.